Médiation et recouvrement
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Condamné à payer mais je ne peux pas : que faire après le jugement ?

Publié le
12/10/26
Amélie Boivin
Amélie Boivin
Responsable Pôle Conciliation
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Femme en gilet beige face caméra, à côté d'un marteau de juge, d'un sablier et de piles de pièces en euros

Table des matières

Un jugement qui vous condamne à payer ne vide pas votre compte le lendemain, mais il donne au créancier les moyens de vous y contraindre, souvent tout de suite. Être condamné à payer sans pouvoir le faire n'est pas une faute en soi, et il n'existe pas de prison pour une dette civile. En revanche, l'inaction coûte cher : deux mois après que le jugement est devenu exécutoire, le taux d'intérêt légal est majoré de cinq points, les frais d'exécution s'ajoutent à la dette et les délais pour agir sont courts. Voici ce que le jugement change concrètement, les délais pour le contester, comment obtenir du juge un délai de paiement jusqu'à deux ans, comment négocier un échéancier, ce que le créancier peut saisir, et quand le surendettement devient la bonne réponse.

Condamné à payer : ce que le jugement change concrètement

Une fois signifié par un commissaire de justice (l'ancien huissier de justice), un jugement de condamnation à payer permet au créancier de faire saisir vos comptes, votre salaire ou vos biens. En principe, il peut le faire dès le jugement de première instance, même si vous faites appel. Les intérêts fixés par le jugement continuent de courir et, lorsqu'il s'agit du taux légal, celui-ci est majoré de cinq points deux mois après que la décision est devenue exécutoire. Les frais d'exécution forcée sont à votre charge (article 514 du Code de procédure civile, article L313-3 du Code monétaire et financier, article L111-8 du Code des procédures civiles d'exécution).

Le taux de l'intérêt légal dépend de la qualité du créancier. Au second semestre 2026, il est de 2,75 % lorsque le créancier est un professionnel, comme une banque ou un organisme de crédit, soit 7,75 % une fois majoré, et de 6,84 % lorsque le créancier est un particulier, soit 11,84 % majoré (article L313-2 du Code monétaire et financier, arrêté du 26 juin 2026). Pour une dette de crédit, le jugement peut aussi retenir le taux prévu au contrat. Sur une condamnation de 10 000 euros, la différence représente environ 500 euros d'intérêts supplémentaires par an. Le juge de l'exécution peut toutefois supprimer ou réduire cette majoration, à votre demande et au vu de votre situation (article L313-3).

Un jugement n'est pas, en soi, un ordre de payer dans un délai de quelques jours. Sauf si la décision accorde elle-même des délais, la somme est due dès que le jugement est exécutoire, et le créancier peut engager l'exécution forcée dès sa signification. Le délai de paiement après un jugement exécutoire est donc celui que vous obtenez, du juge ou du créancier, et pas un délai automatique. Le rôle du commissaire de justice à ce stade est détaillé dans notre guide huissier et recouvrement de dette.

Exécution provisoire : pourquoi l'appel ne suspend pas le paiement

Pour les procédures engagées depuis le 1er janvier 2020, les décisions de première instance sont de droit exécutoires à titre provisoire, sauf si la loi ou le juge en décide autrement (article 514 du Code de procédure civile). Faire appel ne suspend donc pas l'obligation de payer. Seul le premier président de la cour d'appel peut arrêter l'exécution provisoire, s'il existe un moyen sérieux d'annulation ou de réformation du jugement et un risque de conséquences manifestement excessives (article 514-3). Si vous avez comparu en première instance sans rien dire de l'exécution provisoire, ces conséquences doivent en plus être apparues après le jugement : mieux vaut donc soulever la question dès la première audience.

Pas de prison pour une dette civile

Ne pas pouvoir payer une dette de crédit, un découvert ou une facture n'est pas un délit, et personne ne va en prison pour cela. Ce qui est puni, c'est d'organiser ou d'aggraver volontairement son insolvabilité, par exemple en dissimulant des biens ou des revenus, pour échapper à certaines condamnations : condamnations pénales, dommages et intérêts dus après une faute, ou pensions alimentaires (article 314-7 du Code pénal, jusqu'à trois ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende).

Peut-on encore contester le jugement ? Appel, opposition et délais

Après une condamnation à payer, vous disposez en principe d'un mois à compter de la signification du jugement pour faire appel. Si la somme en jeu ne dépasse pas 5 000 euros, le jugement est rendu en dernier ressort : l'appel est fermé, et seul un pourvoi en cassation reste possible, dans les deux mois. L'opposition, portée devant le même juge dans le délai d'un mois, n'est ouverte que contre un jugement rendu par défaut. Passé ces délais, le jugement devient définitif (articles 473, 528, 538, 571 et 572 du Code de procédure civile).

Un jugement n'est rendu par défaut que s'il est en dernier ressort et que l'assignation ne vous a pas été remise en main propre (article 473). Si vous ne vous êtes pas présenté à un procès portant sur plus de 5 000 euros, le jugement est réputé contradictoire et la voie de recours reste l'appel.

Un jugement rendu par défaut, ou réputé contradictoire pour la seule raison qu'il est susceptible d'appel, est non avenu s'il n'a pas été notifié dans les six mois de sa date (article 478). Le point est utile si vous découvrez tardivement une condamnation ancienne : le créancier devra alors recommencer la procédure. Pour une ordonnance d'injonction de payer, les règles sont propres à cette procédure et détaillées dans notre article sur l'opposition à une injonction de payer.

Contester n'a de sens que sur un moyen sérieux : dette déjà payée, prescrite, montant erroné, irrégularité de la procédure. Un appel formé seulement pour gagner du temps n'empêche pas l'exécution, du fait de l'exécution provisoire, et ajoute des frais. Si le fond n'est pas contestable, l'énergie est mieux placée dans une demande de délais ou dans un accord.

Demander un délai de grâce : jusqu'à deux ans pour payer

Le délai de grâce permet au juge de reporter ou d'échelonner le paiement d'une condamnation, dans la limite de deux ans, en tenant compte de votre situation et des besoins du créancier. Pendant ce délai, les procédures d'exécution sont suspendues, et les majorations d'intérêts ou pénalités de retard ne courent pas (article 1343-5 du Code civil). Le juge peut aussi décider, par une décision motivée, que les échéances reportées porteront intérêt à un taux réduit, qui ne peut descendre sous le taux légal, ou que vos paiements s'imputeront d'abord sur le capital.

La demande se fait à deux moments. Pendant le procès, devant le juge qui statue sur la dette : c'est le moment le plus simple, il suffit de le demander dans vos écritures ou à l'audience. Après le jugement, devant le juge de l'exécution, une fois qu'un commandement de payer ou un acte de saisie vous a été signifié (article R121-1 du Code des procédures civiles d'exécution). Le délai ne joue pas sur les sommes déjà saisies sur un compte bancaire, acquises au créancier dès la saisie : il porte sur le reste de la dette.

Devant le juge de l'exécution, la demande se fait par assignation. L'avocat n'est pas obligatoire lorsque la somme en jeu ne dépasse pas 10 000 euros (articles L121-4, R121-6 et R121-11). Pour convaincre, le dossier doit montrer votre bonne foi et votre capacité réelle de paiement :

  • un budget détaillé, revenus et charges, avec les justificatifs ;
  • une proposition de mensualité réaliste, que vous pourrez tenir sur toute la durée ;
  • la preuve des paiements déjà effectués, même partiels ;
  • les éléments qui expliquent la difficulté : perte d'emploi, maladie, séparation.

Pour bâtir une proposition de mensualité que vous pourrez tenir, chiffrez d'abord votre situation : le simulateur ci-dessous calcule en une minute votre taux d'endettement et votre reste à vivre, deux repères utiles pour présenter votre budget au juge.

Le délai de grâce ne s'applique pas aux dettes d'aliment, comme une pension alimentaire. Pour toutes les autres condamnations, c'est l'outil le plus direct quand vous pouvez payer, mais pas tout de suite.

Négocier un échéancier avec le créancier après le jugement

Un jugement n'interdit pas l'accord amiable. Le créancier, ou le commissaire de justice chargé de l'exécution, peut accepter un paiement échelonné ou partiel d'une condamnation à payer, souvent plus vite qu'un juge ne statue. Exigez un accord écrit, qui précise que les poursuites sont suspendues tant qu'il est respecté. C'est aussi le moyen de payer une condamnation en plusieurs fois sans attendre une audience.

Un accord solide précise au minimum :

  • le montant total retenu, en distinguant principal, intérêts et frais ;
  • le montant et la date de chaque mensualité ;
  • le sort des intérêts pendant l'échéancier ;
  • la suspension, ou la mainlevée, des mesures d'exécution déjà engagées.

Pour une saisie sur salaire, la loi organise elle-même cette négociation : après le commandement de payer, vous avez un mois pour écrire au commissaire de justice et rechercher un accord, faute de quoi votre silence vaut refus. Lorsque plusieurs créanciers détiennent chacun un jugement, négocier séparément avec chacun devient vite intenable, ce qui conduit aux solutions globales présentées plus bas.

Ce que le créancier peut saisir, et ce qui vous reste

Avec un jugement signifié, le créancier peut faire saisir vos comptes bancaires, votre salaire ou vos biens mobiliers, et en dernier recours un bien immobilier. Une part de vos revenus et certains biens restent cependant insaisissables. Si vous n'avez rien de saisissable, le commissaire de justice le constate dans un procès-verbal de carence, mais la dette reste due et le jugement reste exécutoire pendant dix ans.

Mesure Ce qui est pris Ce qui vous reste Pour aller plus loin
Saisie sur compte bancaire Les sommes disponibles le jour de la saisie 651,69 euros laissés d'office, plus les sommes insaisissables sur justificatif Saisie sur compte bancaire
Saisie sur salaire Chaque mois, la part du salaire fixée par le barème légal Le reste du salaire, et au minimum 651,69 euros Saisie sur salaire
Saisie-vente Meubles de valeur, véhicule, objets non indispensables Les biens nécessaires à la vie courante et au travail Commandement aux fins de saisie-vente

La question de l'insolvabilité, et de ce qu'un commissaire de justice peut encore saisir quand les ressources sont très faibles, est traitée dans notre article un huissier peut-il saisir une personne non solvable.

Si vous ne pouvez pas payer les frais du commissaire de justice, sachez qu'ils s'ajoutent à la dette, mais seulement s'ils étaient nécessaires. Les frais d'une mesure manifestement inutile restent à la charge du créancier, et le juge de l'exécution tranche en cas de désaccord (article L111-8 du Code des procédures civiles d'exécution).

Quand la condamnation s'ajoute à d'autres dettes : le surendettement

Une dette constatée par un jugement peut être intégrée à un dossier de surendettement, au même titre qu'un crédit ou une facture. La recevabilité du dossier suspend les saisies pour les dettes autres qu'alimentaires, pendant deux ans au plus. Certaines dettes ne peuvent en revanche être ni effacées ni rééchelonnées sans l'accord du créancier, notamment les dettes alimentaires et les réparations allouées aux victimes dans une condamnation pénale ; les amendes pénales, elles, en sont exclues dans tous les cas (articles L711-4, L722-2 et L722-3 du Code de la consommation).

La procédure est décrite étape par étape dans notre guide comment faire un dossier de surendettement. Elle protège, mais elle a des contraintes : inscription au FICP (Fichier national des incidents de remboursement des crédits aux particuliers) pendant la procédure puis pendant la durée des mesures, sept ans au plus, et interdiction d'aggraver votre endettement.

Quand plusieurs créanciers sont engagés, et que certains ont déjà obtenu un jugement, une médiation amiable permet de traiter l'ensemble des dettes dans une seule démarche, plutôt que de répondre à chaque mesure d'exécution l'une après l'autre. En France, ce dispositif est mis en œuvre par Conciliaprêt, opérateur de médiation amiable et de restructuration de dettes agréé par l'ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution), qui accompagne des emprunteurs depuis 2013, négocie avec les créanciers et peut mobiliser ses fonds propres pour les désintéresser, sans frais à la charge du débiteur, en quatre à six semaines.

💡 À retenir : condamné à payer sans pouvoir le faire

  • Le jugement est en principe exécutoire tout de suite, même en cas d'appel, dès sa signification.
  • Le taux d'intérêt légal est majoré de cinq points deux mois après que la décision est devenue exécutoire, soit 7,75 % au second semestre 2026 face à une banque.
  • Vous avez un mois après la signification pour faire appel, sauf jugement en dernier ressort (5 000 euros ou moins), ou pour former opposition à un jugement rendu par défaut.
  • Le juge peut accorder jusqu'à deux ans de délai, qui suspendent les saisies et les pénalités de retard.
  • Un échéancier amiable reste possible après le jugement, à condition d'être écrit.
  • Il n'existe pas de prison pour une dette civile, mais organiser son insolvabilité peut être puni.
  • Un dossier de surendettement recevable suspend les saisies, sauf pour les dettes alimentaires, pendant deux ans au plus.

Le premier geste en recevant le jugement : noter la date de signification, qui fait courir le délai d'un mois.

Questions fréquentes

Peut-on aller en prison si on ne paie pas une condamnation ?

Non, pas pour une dette civile comme un crédit, un découvert ou une facture : l'emprisonnement pour dettes n'existe pas. En revanche, organiser volontairement son insolvabilité pour échapper à une condamnation pénale, à des dommages et intérêts dus après une faute ou à une pension alimentaire est un délit, puni de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende. Pour une amende pénale impayée, une contrainte judiciaire peut être prononcée, sauf si vous justifiez de votre insolvabilité.

Combien de temps le créancier a-t-il pour faire exécuter un jugement ?

Un jugement peut être exécuté pendant dix ans. Chaque acte d'exécution forcée, comme une saisie, interrompt ce délai et en fait courir un nouveau de même durée. Ne pas avoir de nouvelles du créancier pendant plusieurs années ne signifie donc pas que la dette a disparu.

Peut-on payer une condamnation en plusieurs fois ?

Oui, de deux façons. Soit par un accord écrit avec le créancier ou le commissaire de justice chargé de l'exécution, qui fixe les mensualités et suspend les poursuites. Soit en demandant au juge un délai de grâce, qui peut échelonner le paiement sur deux ans au maximum.

Dois-je aussi payer l'article 700 et les dépens ?

Oui. La somme allouée au titre de l'article 700 du Code de procédure civile, qui couvre une partie des frais d'avocat du créancier, et les dépens font partie de la condamnation. Ils peuvent être inclus dans un délai de grâce ou dans un échéancier négocié, au même titre que la dette principale.

Je ne peux pas payer les frais du commissaire de justice : que faire ?

Les frais d'exécution forcée s'ajoutent à la dette, mais seulement s'ils étaient nécessaires : le juge de l'exécution peut laisser à la charge du créancier ceux d'une mesure inutile. Ils peuvent être intégrés à un échéancier, et les frais de recouvrement engagés sans titre exécutoire restent, eux, à la charge du créancier.

Les mêmes solutions s'appliquent-elles à une amende pénale ?

Pas toutes. Une amende pénale est recouvrée par le Trésor public, auprès duquel un échéancier peut être demandé. Elle ne peut ni être effacée ni rééchelonnée dans un dossier de surendettement, et les réparations allouées aux victimes dans une condamnation pénale ne peuvent l'être qu'avec l'accord de la victime.

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Contributeurs
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