Frais de saisie sur compte bancaire : ce qu'une banque peut vous facturer

Une saisie sur compte bancaire ne se limite pas au montant réclamé par le créancier : la banque elle-même facture des frais de traitement, entièrement libres puisqu'aucune loi ne les encadre pour ce type d'opération. Une enquête de l'Union nationale des associations familiales (UNAF), publiée le 27 mai 2026 et relayée par Le Monde le 13 juillet 2026, a comparé les tarifs pratiqués par 101 banques : ils vont de 35 € à 133 € pour une même opération, sans lien direct avec la somme réellement saisie. Cet article détaille ce qu'une banque a le droit de facturer, ce vide juridique, et les solutions pour sortir d'un cycle de saisies répétées.
Qu'est-ce qu'une saisie sur compte bancaire et comment se déroule-t-elle ?
Une saisie sur compte bancaire est un acte par lequel un commissaire de justice (le nom donné depuis 2022 à la profession d'huissier de justice) bloque tout ou partie des sommes présentes sur un compte, au nom d'un créancier muni d'un titre exécutoire, par exemple à l'issue d'une injonction de payer devant le tribunal de commerce devenue définitive.
Dès réception de l'acte, la banque bloque immédiatement le compte pendant 15 jours ouvrables, le temps de déterminer les sommes réellement saisissables. Le débiteur doit être informé de la mesure — on parle de dénonciation, dans les 8 jours suivant l'acte, sous peine de nullité de la procédure. Il existe deux grandes familles de saisies sur compte, aux régimes très différents : la saisie-attribution (ou saisie conservatoire), exécutée pour un créancier privé (entreprise, bailleur, particulier), et la saisie administrative à tiers détenteur (SATD), réservée au Trésor public pour le recouvrement d'impôts ou d'amendes.
Quels frais une banque peut-elle facturer lors d'une saisie ?
Les frais de traitement d'une saisie-attribution ou conservatoire sont librement fixés par chaque banque, sans barème commun. C'est précisément ce qu'a documenté l'enquête de l'UNAF (Union nationale des associations familiales), publiée le 27 mai 2026 après analyse des tarifs de 101 établissements, et relayée par Le Monde le 13 juillet 2026. Les écarts constatés sont importants :
- Société Générale facture 133 €, le tarif le plus élevé du classement ;
- BforBank et LCL facturent 130 € ;
- CCF facture entre 120 et 125 € ;
- CIC plafonne ses frais à 110 € (10 % du montant dû) ;
- de nombreuses caisses du Crédit Mutuel plafonnent à 90 € (10 % du montant dû) ;
- Nickel plafonne à 35 € (10 % du montant dû).
Selon l'UNAF, 53 % des 101 banques analysées facturent l'opération à partir de 100 €, sans l'indexer sur le montant réellement à saisir : le tarif est le même qu'il s'agisse de saisir 50 € ou 5 000 €. Autre donnée frappante : selon la chambre nationale des commissaires de justice, près des trois quarts des saisies-attributions de 2025 se sont révélées « inopérantes » ou « infructueuses », c'est-à-dire que le compte visé ne contenait pas les fonds nécessaires — la banque facture pourtant le traitement de l'acte dans la grande majorité de ces cas. S'ajoutent, séparément, les frais du commissaire de justice lui-même, dont le tarif est réglementé, contrairement aux frais bancaires.
Pour donner une idée de l'ampleur du phénomène : la chambre nationale des commissaires de justice recense 24 178 saisies conservatoires et 2,1 millions de saisies-attributions en France en 2025, aux côtés d'environ 19 millions de saisies administratives à tiers détenteur (SATD) portées par le Trésor public sur la même période.
Existe-t-il un plafond légal ? Ce que révèle l'enquête de l'UNAF
La saisie administrative à tiers détenteur (SATD), réservée au Trésor public, est plafonnée par la loi : les frais bancaires associés ne peuvent dépasser 10 % du montant dû, dans la limite de 100 € TTC. Rien de tel n'existe pour la saisie-attribution ou la saisie conservatoire exécutée pour un créancier privé : chaque banque fixe librement son tarif, d'où l'écart de 35 € à 133 € observé par l'UNAF.
Ce vide juridique représenterait, selon l'estimation la plus prudente de l'UNAF, plusieurs centaines de millions d'euros de chiffre d'affaires annuel pour les banques françaises. Morgane Lenain, administratrice de l'UNAF, interrogée par Le Monde, résume la question posée par son association : « Qu'est-ce qui justifie qu'une saisie privée génère un prix plus élevé qu'une saisie publique ? » De son côté, la Fédération bancaire française, sollicitée pour l'article, indique que ces frais « reflètent principalement les coûts de traitement supportés par chaque établissement », des saisies privées nécessitant selon elle des interventions manuelles plus importantes qu'une SATD.
Le sujet est désormais suivi au niveau institutionnel : la Banque de France a indiqué, le 25 juin 2026, qu'il ferait l'objet d'échanges au sein de l'Observatoire de l'inclusion bancaire, groupe de travail réunissant associations de consommateurs et établissements bancaires, lors de sa prochaine réunion prévue en fin d'année — sans qu'un plafonnement des frais de saisie-attribution ne soit à ce stade évoqué.
Comment contester des frais de saisie abusifs ?
Plusieurs vérifications concrètes permettent de s'assurer que la banque respecte ses obligations. D'abord, vérifier que le solde bancaire insaisissable (SBI) — un montant forfaitaire équivalent au RSA pour une personne seule — a bien été laissé disponible automatiquement, sans démarche à effectuer de votre part. Ensuite, demander à la banque le détail écrit des frais facturés : cette transparence est un droit du client, même si le montant lui-même n'est pas plafonné.
En cas de désaccord persistant sur le principe ou le montant des frais, le médiateur bancaire de l'établissement peut être saisi gratuitement. Si la saisie elle-même est entachée d'une irrégularité — absence de dénonciation dans les 8 jours, par exemple —, une mainlevée peut être demandée devant le juge de l'exécution, ce qui met fin à la mesure et peut ouvrir droit au remboursement des frais indûment prélevés. Certaines sommes et certains profils bénéficient par ailleurs d'une protection renforcée : notre article détaille dans quelles conditions un huissier peut, ou non, saisir une personne non solvable.
Quelles solutions pour éviter une nouvelle saisie sur compte bancaire ?
La meilleure protection contre les frais de saisie reste d'agir avant que la procédure ne soit engagée : négocier un délai de paiement avec le créancier, ou constituer un dossier de surendettement lorsque la situation dépasse une seule dette isolée. Répondre créancier par créancier, au fil des saisies, conduit souvent à accumuler les frais bancaires sans jamais stabiliser durablement la situation.
Sortir du cycle des saisies grâce à une vue d'ensemble
Lorsque plusieurs dettes se cumulent (crédit à la consommation, découvert, loyer, dette professionnelle) une saisie succède souvent à une autre tant qu'aucune solution globale n'a été trouvée avec l'ensemble des créanciers. Un accompagnement par un professionnel de la médiation amiable permet de négocier directement avec chaque créancier avant qu'une nouvelle saisie ne soit engagée, plutôt que de subir les frais bancaires à répétition. En France, peu d'acteurs proposent cette forme de restructuration de dettes structurée, avec un désintéressement direct des créanciers en 4 à 6 semaines, sans frais pour le débiteur.
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